Bienvenue à l’École Nationale des Beaux-Arts de Dakar, Sénégal

1ère partie.

Nous sommes en 1993, au début du mois de novembre, dans une salle de classe du département des Arts plastiques de l’École Nationale des Beaux-Arts de Dakar (devenue maintenant l’ENA – Ecole Nationale des Arts). L’école est située dans le beau quartier de Point E, sur le boulevard de l’Est, proche du centre-ville. Dans ces bâtiments se trouvent l’ENSEA (École Nationale Supérieure d’Education Artistique), qui forme les professeurs d’éducation d’art plastique et l’ENBA (l’École Nationale des Beaux-Arts), qui forme les artistes plasticiens, les artistes de l’environnement et les graphistes.

Dans la classe, nous sommes une vingtaine d’étudiants environ.

« Vous allez dehors, vous ramassez ce que vous trouverez, nous allons travailler sur la récupération. »
Monsieur Diongue, notre professeur d’expression plastique, venait de nous donner sa première consigne en ce premier jour d’étude. Le premier d’une formation de quatre années qui allait changer ma vie et celle de beaucoup de mes collègues étudiants.

En effet, dans cette salle de classe, il y avait des artistes aujourd’hui reconnus (ou moins) sur le plan international, comme Habby Diallo, Marie Ndiaye, Ovens, Fatou Seck, Fatou Ma Ndoye Mbengue, Ousmane Dia, Mamady Seydi, Camara Guéye, Eric Pina, Malick Diène, Momar Guéye, Kulu Fataki, Birame Ndiaye, Tanor Tita Mbaye qui est déjà sur le site SaDunya, Massata Thioun Lam, etc.
Dans les autres salles de l’ENBA et de l’ENSEA, il y avait des étudiants comme Momar Seck, Cool Dia Bang, Solly Cissé, Pape Teigne Diouf, Jeannot Bruce, Modou Dieng, Madiou Aïdara, Hassane Sar et aussi un certain Babacar Diagne (Pee Froiss) qui n’était pas bavard du tout et qui avait un style assez « bad boy » (je pensais qu’il vendait de la coke… 6).
Deux ans plus tard allaient nous rejoindre entre ces murs Ndoye Douts (je suis complètement fan !), Piniang Niang, Henry Sagna, Amadou Tounkara, Aicha Aidara, Samba Fall et d’autres. Karim Gangue, lui, allait nous quitter, terminant en beauté sa formation avec la réalisation d’un livre d’une centaine de pages sur la vie et l’œuvre de Youssou Ndour. Des textes, des illustrations, une documentation sur ses disques, ses concerts et sur son engagement couvrant la période de « Tabaski à Womatt » (1982 – 1994) et quelques chansons illustrées également.

Bref ! Vous avez ici, dans ces locaux, un concentré de créativité et de savoir qui renverrait Leonardo Da Vinci et Albert Einstein à l’ère de Neandertal. Vous avez également toute une armée de destruc… construction massive, de fortes têtes, de têtus et d’empêcheurs de « politiquer » en rond. L’engagement de certains de ces artistes est encore de nos jours sans faille.

Justement, à propos de politique, c’est au cours de ces études que j’ai fait la connaissance d’un Monsieur pour qui j’ai beaucoup de respect, vu la belle manière dont il s’est comporté avec l’étudiant des beaux arts que j’étais. En effet, le journaliste Abdou Latif Coulibaly, qui occupe aujourd’hui le poste de Ministre, Secrétaire général du Gouvernement du Sénégal, était en train d’installer, à deux pâtés de maisons de là, l’ISSIC (Institut Supérieur des Sciences de l’Information et de la Communication). Il m’a fait confiance, m’a confié la réalisation de la signalétique de l’institut, s’est acquitté de tous ces engagements, et ce avec une modestie incroyable. Il venait même me charrier 1 de temps en temps. Je pense que les personnes qui l’ont rencontré peuvent témoigner de sa qualité journalistique et de sa délicieuse personnalité. Respect !

Monsieur Moreno (Ramon le belge), Monsieur Diarra, Monsieur Ndoye, Monsieur Gadiagua, Monsieur Dione, Monsieur Diongue… Tiens, je réalise qu’il n’y avait pas de femme, uniquement des hommes parmi nos chers professeurs qui faisaient la pluie et le beau temps à l’école. Jorgen Rassmussen (le sévère Sérère 2), avec qui j’ai beaucoup appris car j’ai continué à travailler avec lui juste après mon diplôme, était l’un de mes professeurs favoris. Tous les profs étaient incroyablement doués. Monsieur Ndoye avait un amour de la couleur inégalé, Monsieur Dione était d’une justesse plastique incroyable, Monsieur Gadiaga débordait d’énergie. Il y avait aussi Monsieur Guèye (RIP), professeur de moulage. Je ne comprenais pas la moitié de ses cours, mais je l’aimais bien…

À suivre…

Doggy
Texte rédigé par Ndaté Sylla & Doggy

Mes remerciements aux personnes qui m’ont aidé à écrire cet article :
Ndéye Marie Ndiaye (France), Habby Diallo (Sénégal), Karim Gange (Sénégal), Ndoye Douts (France), Mélanie Sylla (Canada)

1 Charrier : emprunté au français suisse romand, ce mot signifie taquiner en français sénégalais.
2 les Sérères : sont un peuple d’Afrique de l’Ouest, surtout présent au centre-ouest du Sénégal, du sud de la région de Dakar jusqu’à la frontière gambienne. Ils forment, en nombre, la troisième ethnie du Sénégal, après les Wolofs et les Peuls ; (Source: Wikipedia.org).





18 commentaires sur “Bienvenue à l’École Nationale des Beaux-Arts de Dakar, Sénégal”

  1. Ha, je me souviens aussi de ces moments, quand je traitais mon frère de fou et ceci pendant longtemps, car il était si sûr que l’art était sa voie… et puis finalement, je crois qu’il a fait le bon choix.

  2. C’est dans ces moments là que je me dis « être née à la mauvaise période »… Peut-être que si je vous avais fréquentés, je serais aujourd’hui moi aussi une artiste pleine de talents.
    On sent que vous en avez vécu des choses tous ensemble à l’école des Beaux-Arts de Dakar et ça donne envie!

    1. Lol, ma sœur chérie…
      Moi aussi il m’arrive de penser que n’être (naître) à l’époque de l’esclavage, à l’époque de l’âge de Pierre ou encore à l’époque de l’Empire Mandingue m’aurait beaucoup plu, ou pas…
      Qui sait ?
      Tu es peut être plus « artiste » que tu ne le penses. Libères toi de toi-même, tu te libéreras ainsi des autres. Tu brilleras comme un artiste dans tout ce que tu feras. l’être humain est puissant, très puissant.
      Familialement et amicalement 🙂

  3. Salut Ndaté, moi je n’aurais connu que ta période Rasmusseniene ! Par contre, tu cites beaucoup d’artistes que je connais en effet personnellement : Piniang (Mballo), Henri Sagna, Soly Cissé, Hassane Sar… des gars avec qui j’ai eu l’occasion de travailler dans différentes manifestations artistiques et culturelles à Dakar… Comme tu dis, tout ce beau monde est un concentré de créativité, un bouillon de génie artistique… le ciel de Dakar est plein d’étoiles, il suffit de lever un peu le nez et d’ouvrir grand les yeux…et le coeur. Toi, tu es comme l’astronome, tu observes, tu défriches, tu dessines, tu agences et organises… Le plan celeste n’a plus de secret pour toi. Yal na jamm yagg !

    1. « Dieureudieuf » frère David.
      Tu es un grand parmi les grands. Tu es l’un des sénégalais les plus talentueux de ta génération. Je prendrais le temps, l’énergie et l’amour nécessaire pour faire un petit reportage sur toi et ton œuvre impressionant.
      Merci beaucoup d’avoir pris ta plume et de laisser tes traces ici et maintenant.
      « Wallay ! »
      Bonne journée à ta magnifique famille colorée.
      Nio Far.
      Ndaté Sylla.

      Mais quant même, juste pour mon amie Kati Kraftsik-Ghidoni qu’elle saches ce que tu fais: https://www.facebook.com/david.bouchet.le.vrai?fref=ts

  4. Bonjour à tous,
    Je m’appelle Zal Idrissa Sissokho Auteur compositeur et interprète qui travaillait Au Ballet Super Tam Tam D’Afrique, un Ballet qui faisait des tournées partout en Europe.
    J’ai connu Ndaté Sylla au sénégal quand il était à l’école des Beaux Arts de Dakar.
    Un homme au four et au moulin. Après ses cours à l’école, Ndaté venait à la salle de répétition pour accompagner les artistes sur tous les plans, pour le bien et la réussite de ce Ballet qui appartenait à son pére, Ababacar Dieng.
    Maintenant l’avoir au près de moi ici au Canada est une chance pour les artistes sénégalais et les artistes du monde.
    Aller mon frère ! je suis à tes côtés pour la réussite de tout ce que tu entreprend ici au Canada.
    Merci.

    1. Zal,
      J’ai rencontré beaucoup d’artistes dans mes 40 et quelques années de vie.
      Je t’ai beaucoup observé au Ballet. Je t’ai écouté joué dans des situations différentes. J’ai vu combien tu étais combatif et constructif dans les moments de crises. Surtout, le plus important pour moi. Mes origines lointaines, « Sylla » de Guinée, font que quand tu joues ta Kora à 21 cordes, je t’entends. Je t’entends au fond de moi-même.
      Et tu réveille en moi le « Eeeeh Allah ! »
      Take care my brother.
      Nio Far.

  5. Merci Sadunya

    L’école des arts fut pour nous tous un passage inoubliable thanks de nous faire partager et revivre ces grands moments

    1. Tahnks to you sister Habby 🙂 You are doing a great job.
      L’école était cool grâce à des personnes comme toi et les autres.
      Take care.
      Ah ! te souviens tu de cette sculpture de « femme » moche et à moitié désintégrée que nous dessinions tout le temps ?

  6. Mon cher ami tu as réveillè de vieux souvenirs. Je suis très content de revivre les moments qu’on a vécu ensemble aux Beaux Arts en moins de 2 min. de lecture.
    Merci encore à SaDunya et je suis très content de faire partie de cette promotion plein de génies.
    Tanor Tita mbaye

    1. Hello Tanor,
      Tu as raison. Je ne sais pas si l’école a formée par le passé une promotion aussi douée. J’espère en tout cas que nous aurons plus de témoignages et de commentaires de la part des artistes.
      Merci pour ton commentaire. Et continue de nous faire danser le Mbalax.
      Take care my friend 😉

        1. Hello Eric,
          Comment ça va ?
          Merci pour ton commentaire. Ma prochaine visite en Europe on essaiera de se chopper.
          Et si jamais tu passes dans le coin, fais signe.
          Prends soin de toi mon frère.
          à+

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