1ère partie.

Article mis à jour le 04.02.2019
Nous sommes en 1993, au début du mois de novembre, dans une salle de classe du département des Arts plastiques de l’École Nationale des Beaux-Arts de Dakar (devenue maintenant l’ENA – Ecole Nationale des Arts). L’école est située dans le beau quartier de Point E, sur le boulevard de l’Est, proche du centre-ville. Dans ces bâtiments se trouvent l’ENSEA (École Nationale Supérieure d’Education Artistique), qui forme les professeurs d’éducation d’art plastique et l’ENBA (l’École Nationale des Beaux-Arts), qui forme les artistes plasticiens, les artistes de l’environnement et les graphistes.

Dans la classe, nous sommes une vingtaine d’étudiants environ.

« Vous allez dehors, vous ramassez ce que vous trouverez, nous allons travailler sur la récupération. »
Monsieur Diongue, notre professeur d’expression plastique, venait de nous donner sa première consigne en ce premier jour d’étude. Le premier d’une formation de quatre années qui allait changer ma vie et celle de beaucoup de mes collègues étudiants.

En effet, dans cette salle de classe, il y avait des artistes aujourd’hui reconnus (ou moins) sur le plan international, comme Habby Diallo, Marie Ndiaye, Ovens, Fatou Seck, Fatou Ma Ndoye Mbengue, Ousmane Dia, Mamady Seydi, Camara Guéye, Eric Pina, Malick Diène, Momar Guéye, Kulu Fataki, Birame Ndiaye, Tanor Tita Mbaye qui est déjà sur le site SaDunya, Massata Thioun Lam, etc.
Dans les autres salles de l’ENBA et de l’ENSEA, il y avait des étudiants comme Momar Seck, Cool Dia Bang, Solly Cissé, Pape Teigne Diouf, Jeannot Bruce, Modou Dieng, Madiou Aïdara, Hassane Sar et aussi un certain Babacar Diagne (Pee Froiss) qui n’était pas bavard du tout et qui avait un style assez « bad boy » (je pensais qu’il vendait de la coke… 6).
Deux ans plus tard allaient nous rejoindre entre ces murs Ndoye Douts (je suis complètement fan !), Piniang Niang, Henry Sagna, Amadou Tounkara, Aicha Aidara, Samba Fall et d’autres. Karim Gangue, lui, allait nous quitter, terminant en beauté sa formation avec la réalisation d’un livre d’une centaine de pages sur la vie et l’œuvre de Youssou Ndour. Des textes, des illustrations, une documentation sur ses disques, ses concerts et sur son engagement couvrant la période de « Tabaski à Womatt » (1982 – 1994) et quelques chansons illustrées également.

Bref ! Vous avez ici, dans ces locaux, un concentré de créativité et de savoir qui renverrait Leonardo Da Vinci et Albert Einstein à l’ère de Neandertal. Vous avez également toute une armée de destruc… construction massive, de fortes têtes, de têtus et d’empêcheurs de « politiquer » en rond. L’engagement de certains de ces artistes est encore de nos jours sans faille.

Justement, à propos de politique, c’est au cours de ces études que j’ai fait la connaissance d’un Monsieur pour qui j’ai beaucoup de respect, vu la belle manière dont il s’est comporté avec l’étudiant des beaux arts que j’étais. En effet, le journaliste Abdou Latif Coulibaly, qui occupe aujourd’hui le poste de Ministre de la Culture Secrétaire général du Gouvernement du Sénégal, était en train d’installer, à deux pâtés de maisons de là, l’ISSIC (Institut Supérieur des Sciences de l’Information et de la Communication). Il m’a fait confiance, m’a confié la réalisation de la signalétique de l’institut, s’est acquitté de tous ces engagements, et ce avec une modestie incroyable. Il venait même me charrier 1 de temps en temps. Je pense que les personnes qui l’ont rencontré peuvent témoigner de sa qualité journalistique et de sa délicieuse personnalité. Respect !

Monsieur Moreno (Ramon le belge), Monsieur Diarra, Monsieur Ndoye, Monsieur Gadiagua, Monsieur Dione, Monsieur Diongue… Tiens, je réalise qu’il n’y avait pas de femme, uniquement des hommes parmi nos chers professeurs qui faisaient la pluie et le beau temps à l’école. Jorgen Rassmussen (le sévère Sérère 2), avec qui j’ai beaucoup appris car j’ai continué à travailler avec lui juste après mon diplôme, était l’un de mes professeurs favoris. Tous les profs étaient incroyablement doués. Monsieur Ndoye avait un amour de la couleur inégalé, Monsieur Dione était d’une justesse plastique incroyable, Monsieur Gadiaga débordait d’énergie. Il y avait aussi Monsieur Guèye (RIP), professeur de moulage. Je ne comprenais pas la moitié de ses cours, mais je l’aimais bien…

À suivre…

Doggy
Texte rédigé par Ndaté Sylla & Doggy

Mes remerciements aux personnes qui m’ont aidé à écrire cet article :
Ndéye Marie Ndiaye (France), Habby Diallo (Sénégal), Karim Gange (Sénégal), Ndoye Douts (France), Mélanie Sylla (Canada)

1 Charrier : emprunté au français suisse romand, ce mot signifie taquiner en français sénégalais.
2 les Sérères : sont un peuple d’Afrique de l’Ouest, surtout présent au centre-ouest du Sénégal, du sud de la région de Dakar jusqu’à la frontière gambienne. Ils forment, en nombre, la troisième ethnie du Sénégal, après les Wolofs et les Peuls ; (Source: Wikipedia.org).